Castors Braine, 10 ans d’une finale historique: « Le meilleur souvenir de ma carrière » pour Fred Dusart

Fred Dusart et ses joueuses fêtent le titre !
26 mars 2015. Une date qui restera à jamais gravée dans l’histoire du basket féminin belge. Devant 6.500 spectateurs au Dôme de Charleroi, les Castors Braine reçoivent les Françaises de Villeneuve-d’Ascq pour ce qui est la première finale européenne d’un club belge au niveau féminin et qui débouchera malheureusement sur une défaite. 10 ans plus tard, BeBasket Belgium vous propose de revenir sur cet événement historique en plusieurs épisodes. Ce mercredi, on revient sur cette finale avec celui qui était aux manettes de Villeneuve-d’Ascq lors de la finale : Fred Dusart.
Fred Dusart, si je vous dis « Finale Eurocup 2015 », que nous répondez-vous ?
C’est le meilleur souvenir sportif de ma carrière, c’est mon premier titre aussi. Et c’est aussi le plus inattendu.
Pourquoi est-ce le plus inattendu ?
Quand je reprends Villeneuve-d’Ascq en 2012, le club est au bord de la descente et je ne signe que pour un an. J’étais enseignant en éducation physique et sportive, je ne pensais pas devenir coach professionnel, cela n’avait jamais été un objectif pour moi. Et deux ans plus tard, en 2014, on se retrouve, avec Emma Meesseman, en demi-finale de l’Eurocup face à Moscou. Et en 2015, on gagne l’Eurocup face à Braine. En 2016, on est encore finaliste de l’Eurocup, que l’on perd face à Bourges. En 3 ans, je suis passé d’entraineur amateur à entraineur qui enchaine une demi-finale et deux finales en 3 ans. Ce n’était pas prévu, cela a été très vite pour moi. Un journaliste français m’avait dit que j’étais le plus jeune coach à avoir gagné une coupe d’Europe. J’avais 36 ans à l’époque !
« Ce titre est une fierté personnelle et que cela m’a donné confiance dans ma capacité à driver un groupe »
Fred Dusart, coach de Villeneuve-d’Ascq en 2015 et actuel entraineur de Braine
Comment évaluez-vous votre parcours jusqu’en finale ?
Il était assez particulier, on avait gagné beaucoup de matchs de très peu. On avait affronté Namur en 8es sans Ann Wauters, blessée. Et la demi-finale a été particulière puisque je ne suis pas allé en Israël, ma femme étant au terme de sa grossesse. On perd de 9 points là-bas et on gagne de 16 au retour. C’était beaucoup d’émotions à la fois, avec la naissance de mon fils. Il n’a que 3 semaines quand on gagne l’Eurocup.
Vous affrontez Braine en finale, comment imaginez-vous cette confrontation à l’époque ?
On avait joué les Castors en amical en septembre 2014. On connaissait cette équipe, et je connaissais bien Thibaut Petit et Eric Leloup. Les deux matchs de la finale ont été différents puisque Braine prend l’avantage du terrain (68-64). C’était important de réussir un bon match chez nous, mais on n’a pas réussi à gagner cette manche aller.

Et vous faites la différence au retour. Comment ?
Nous avions peut-être le statut de favoris avant la finale, qui a été totalement renversé après le premier match. On ne s’est pas mis de pression et toute la semaine, j’ai dit aux filles que c’était gagné pour Braine, que la Coupe était dans leur vestiaire. Il ne pouvait rien nous arriver de pire. On a mis l’accent sur ça, et titillé les joueuses sur le fait que les Castors avaient un peu célébré le match aller, on a montré ça dans notre montage vidéo.
La deuxième chose, c’est qu’on allait être 10 contre 6.000 personnes au Spiroudôme. Il fallait garder nos nerfs, et de pas sortir du match. On a su mettre les joueuses dans un mode zéro émotions mais avec aussi beaucoup de détermination. Limite, cela aurait été peut-être plus dur d’aborder le second match psychologiquement si on avait gagné le premier.
Quel avait été votre sentiment au buzzer final ?
J’ai eu du mal à réaliser. J’avais tellement demandé de ne pas exprimer d’émotions et de rester dans le match que j’ai mis 4 à 5 minutes à réaliser ce que l’on avait fait. C’est le premier titre de Villeneuve, il y a des fans en larmes, ma femme, mes parents, les joueuses aussi. On réalisait à peine ce qu’on venait de faire. 2 ans et demi plus tôt, j’entrainais le centre de formation. C’était une grosse émotion. C’est aussi le titre qui lance le parcours de Villeneuve, les autres finales… c’est le trophée qui lance le club sur la scène européenne.
Vous y pensez encore fréquemment ?
Là, j’y repense forcément oui. Les 2 ans, les 5 ans, là c’est 10 ans, j’ai beaucoup d’appels de journalistes aussi. Mais comme dit Rachid Méziane, c’est de « from hero to zero » rapidement. Moi je suis passé de zéro à héros et je sais qu’on peut repasser à zéro très vite. C’est un métier où chaque saison est différente, on est évalué chaque saison, voire tous les mois ou tous les matchs. J’ai gardé les pieds sur terre car cela va très vite en basket, le coach est toujours le premier fusible et le premier responsable quand cela ne va pas. Il est clair que ce titre est une fierté personnelle et que cela m’a donné confiance dans ma capacité à driver un groupe et pouvoir renouveler tout cela. Cela m’a permis d’accéder à l’Euroleague et d’y coacher pendant 7 saisons consécutives.
« On sent que Braine a été marqué à la fois par la réussite de cette épopée européenne et que cette défaite a fait beaucoup de mal »
Fred Dusart, coach de Villeneuve-d’Ascq en 2015 et actuel entraineur de Braine

Vous avez brisé le rêve des Castors. On vous en parle beaucoup ?
Oui oui, on m’en parle beaucoup à Braine (rires). On me dit souvent que c’est à cause de moi, que j’aurais dû les laisser gagner. Toujours sur un ton humoristique bien sûr, personne n’est rancunier. Cela fait partie du jeu et c’est bon enfant. On va fêter les 10 ans ici, et forcément ça revient aussi. On sent que Braine a été marqué à la fois par la réussite de cette épopée européenne et que cette défaite a fait beaucoup de mal. Le club a évolué maintenant et retrouver ce type d’émotions, c’est un peu révolu. Beaucoup ont adoré cette saison-là, et il y a aussi la frustration de ne pas avoir vécu les sensations jusqu’au bout. On ressent cela.
Vous imaginiez finir par entrainer Braine ?
Non, ce n’était pas planifié du tout. Quand j’ai eu l’offre des Castors, j’avais encore 1 an de contrat à Villeneuve. J’étais au club depuis 15 ans et je sentais la fin de cycle. J’ai eu le choix entre Braine et la Chine, avec un contrat trois fois plus lucratif, mais le fait de jouer l’Euroleague avec Braine au Spiroudôme, le fait de connaitre la fanbase, le projet, j’ai choisi les Castors. Et du point de vue familial, c’était plus facile aussi, j’habite toujours à Villeneuve-d’Ascq.
Après avoir parlé du passé, parlons de l’avenir. Beaucoup de supporters espèrent revivre les émotions de 2015, est-ce encore possible ?
C’est compliqué car Braine est désormais sur une politique de formation maintenant. Nous avons l’ambition de recruter énormément de Belges et le club est plutôt vu comme un tremplin sur la scène européenne. Malgré tout, on arrive à sortir des poules de l’Eurocup, le seul club belge à le faire cette année. La puissance financière des clubs espagnols et italiens fait que ce sera difficile pour une équipe comme les Castors. La trajectoire financière en Belgique ne le permet pas, mais c’est une fierté de rivaliser tous les ans face à des équipes qui ont des budgets jusqu’à 5 fois plus élevés que le nôtre. Il faut être transparent : pour retrouver des moments et des parcours pareils en Europe, c’est essentiellement l’aspect financier qui fera la différence. En 2015, c’était déjà un peu l’année ou jamais pour les deux équipes.
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