Plongée dans le quotidien d’un assistant coach NBA avec Patrick Mutombo (3/3)

Patrick Mutombo nous parle de son travail quotidien d’assistant coach en NBA
Le parcours de Patrick Mutombo est remarquable : né à Kinshasa, adolescent en Belgique, joueur en NCAA et en Italie principalement avant de se lancer dans le coaching et de gagner un titre avec les Toronto Raptors en 2019 . Mais comment se passe la vie des assistants coachs en NBA ?
Patrick Mutombo, question qui semble simple pour commencer : quel est le quotidien d’un assistant coach en NBA ?
C’est une question très difficile, cela varie. Les coaches sont déjà des personnes très routinières. Lorsque le match est fini, je veux savoir à quelle heure l’avion part. Dès que l’on est dans l’avion, je m’installe dans mon siège, j’ouvre mon ordi et je me mets à travailler. L’hôtesse me demande ce que je veux comme nourriture et comme boisson, c’est comme ça, ce sont des habitudes. Mais en NBA, le changement est constant, on essaye de trouver une constance dans le monde chaotique dans lequel on vit. Généralement je suis un lève-tôt, j’essaye de passer du temps dans la prière, dans l’étude de la Bible. J’essaie de partir de chez moi vers 6h15. Cela me prend 30 minutes pour arriver sur place donc je suis là vers 6h45, et à partir de là je commence à étudier les films des matchs, je travaille sur les projets. J’essaie de faire un peu d’entraînement physique, après cela on a un staff meeting, puis le travail individuel, ensuite il y a l’entraînement. Après l’entraînement, il y a des choses à revoir, des collaborations avec les membres du staff, des projets sur lesquels on travaille ensemble. Ça c’est un jour où on n’a pas match, seulement entraînement. Entre coaches on en rigole, on dit qu’on ne sait pas quel jour on est, mais qu’on sait si c’est jour de match, d’entraînement ou de voyage. Et de temps en temps, un jour de congé. Mais c’est rare, parce que même quand il y a un jour de congé, généralement on vient. Les jours de match, c’est un horaire différent. Cela dépend si c’est moi qui présente le match à l’équipe, si c’est le cas j’y vais un peu plus tôt, on a le staff meeting, après cela un petit entraînement de 45 minutes, avec un peu de shoot. Lorsque les joueurs sont partis j’essaie de rentrer, je mange, je me couche, pour ensuite revenir au match, faire les préparatifs. La journée se termine généralement quand je quitte la salle, je rentre chez moi vers 23h30 – 0h, et le lendemain on a entraînement. Heureusement pour moi, j’ai une épouse formidable, qui comprend et connaît très bien cette vie-là, depuis plus d’une décennie maintenant.
On dit souvent qu’il n’y a pas beaucoup d’entraînement en NBA à cause du nombre de matches, c’est vrai ça ?
On s’entraîne vraiment pendant le training camp, et puis pendant la saison on regarde en fonction du calendrier, sur deux semaines, un mois. Entre les jours de déplacement, les back-to-backs, les horaires de match, vous pouvez avoir trois opportunités où un entraînement coriace se justifie. Et du reste, c’est trouver la créativité pour mettre ça en place. Il faut penser à la santé et l’énergie des joueurs, ne pas trop les fatiguer, parce que vous avez joué la veille, puis vous rejouez le lendemain. Il faut tenir compte des horaires de vol, du temps de trajet, qu’ils aient le temps de se laver. Donc on fait beaucoup les choses de façon individuelle, en fonction du temps de jeu des joueurs. C’est toute une science, c’est pour ça que le staff médical est très fourni, parce qu’il y a tout ça qui rentre en compte, pour pouvoir mettre un produit performant sur le terrain, puisqu’en fin de compte c’est sur ça que nous sommes jugés.
« Les entrainements ? Quand on a joué en overtime et que le gars a joué 44 minutes, tu as presque envie de lui dire de dormir parce qu’on rejoue le lendemain. »
Patrick Mutombo, assistant coach en NBA
Si le staff veut travailler sur un point précis, on n’a donc presque jamais le temps ?
On le fait quand même, mais au lieu de le faire à une vitesse de 7 ou 8 sur 10, on le fait à 3. On le fait à la marche, ou alors on fait énormément de travail sur vidéo, aussi bien individuellement que collectivement. On fait aussi du travail de groupe, qui permet d’enseigner certaines choses. Vous savez, quand on a joué en overtime et que le gars a joué 44 minutes, tu as presque envie de lui dire de dormir parce qu’on rejoue le lendemain. Tu lui dis de se reposer, même de ne pas venir à la salle. Pourtant, si tu as besoin de corriger quelque chose, le gars qui va jouer 40 minutes n’est pas là, donc tu commences à te demander si ça vaut la peine, de toute façon il va revenir. Gérer tout ça, les stars, c’est ça qui sépare un bon coach NBA d’un grand coach NBA. Est-ce que Giannis Antetokounmpo vient, est-ce qu’il se repose, comment on gère ça, pareil pour Damian Lillard. Est-ce qu’on peut lui donner tel ou tel traitement, si on fait ceci ou cela, quel message on envoie à l’équipe. Est-ce qu’on peut fonctionner comme ça, est-ce qu’on est en train de bâtir un esprit d’équipe, où se situe l’énergie de l’équipe en ce moment ? On a perdu trois matches d’affilée, est-ce qu’on a besoin de travailler en dépit de la fatigue ?
Dans le quotidien, en match, qu’est-ce que vous apportez au head coach ?
Cela dépend. A Milwaukee par exemple, au début avec Adrian Griffin, j’étais responsable de quasiment tous les matchs au niveau défensif. Notre défense n’était pas bonne (rires), ce qui rajoutait encore une pression. Je regardais minimum trois matchs de nos futurs adversaires, je préparais une vidéo. Imaginez faire ça avec 29 équipes, on finit par connaître la Ligue parfaitement, il n’y a rien qui vous échappe. A l’entraînement, je dois installer et expliquer les exercices. Pendant le match, je dois apporter au Head coach des propositions, des ajustements défensifs par rapport au plan qu’on a mis en place, discuter avec les joueurs pendant le match, leur faire certains rappels, certaines corrections. Quand Griffin parlait, je venais ajouter certains détails. En fin de match, je suis épuisé. Généralement quand je rentre, c’est dans le silence. Si les enfants sont là, ils peuvent avoir envie de parler, mais mon épouse sait que j’ai besoin de décompresser. Et quand je rentre chez moi, je dois encore regarder le match pour préparer une vidéo pour le lendemain à mon boss, et regarder encore les matches des équipes qu’on va affronter.
Du coup, quelles qualités faut-il pour faire ce travail ?
En tant qu’assistant coach, j’ai appris qu’il faut savoir mettre son ego à la porte. Nous sommes avant tout des serviteurs. Je le sais parce que je suis devenu un meilleur assistant lorsque j’ai eu l’opportunité d’être Head coach (NDLR : Il a entrainé les Raptors 905, l’équipe de G-League affiliée aux Toronto Raptors). Le GM veut te parler des joueurs, le président veut te parler du budget, tel ou tel joueur te demande pourquoi il ne joue pas. Et là, je n’ai même pas encore parlé de la famille. Après tout ça, tu dois encore préparer l’entraînement, regarder les vidéos, préparer tes systèmes, enseigner et préparer tes assistants, pour qu’ils sachent quelle est ta vision. J’ai un ami, Sergio Scariolo (NDLR : sélectionneur de l’Espagne), l’un de mes mentors, qui me disait que « des fois, en tant que Head coach, pouvoir regarder le basket, c’est ma récompense », parce qu’il y a autre chose. C’est un privilège de pouvoir se dire qu’on peut regarder ça. Pour moi en tant qu’assistant, mon rôle est de faciliter la tâche à mon Head coach, enlever de sa table un maximum de responsabilités, anticiper ce dont il a besoin, éteindre les feux avant qu’ils ne s’allument, gérer les situations à mon niveau. De manière à ce que quand il vienne, il y ait des choses qu’il n’ait pas à savoir, dont il ne doit pas avoir besoin de s’occuper, parce que nous on a fait le travail, et ça prend beaucoup de réflexion, de proactivité. Il faut aussi avoir l’humilité de se dire que même si tu pensais bien faire, des fois tu te fais ramasser (rires), il faut l’accepter et faire mieux la fois suivante. Il n’y a vraiment pas d’ego.
Qui sont les joueurs que vous avez entraînés qui vous ont le plus impressionné ?
J’ai eu l’opportunité de coacher beaucoup de futurs Hall of Famers : Kevin Durant, Devin Booker, Chris Paul, Kawhi Leonard, Kyle Lowry, DeMar DeRozan, Marc Gasol, Giannis Antetokounmpo, Damian Lillard, Khris Middleton, Ja Morant, j’en oublie sûrement. Il y en a quand même avec qui on a bâti une vraie relation, des gens qui me sont chers. Généralement ce sont des jeunes joueurs dont vous n’entendrez pas parler, avec qui on a pu aller manger, discuter de notre foi, discuter de la vie, du mariage, de la famille. Je pense que je chéris ça plus que l’opportunité de coacher une star. Parce que ça pour moi, c’est vraiment faire une différence dans la vie des gens, et c’est pour ça à la base que je suis entré dans le basket.
« En tant qu’assistant coach, j’ai appris qu’il faut savoir mettre son ego à la porte »
Partrick Mutombo, assistant coach en NBA
Et dans les coaches ou assistants ?
Je t’ai expliqué un peu mon parcours, nous souffrons ensemble, nous traversons ça ensemble. Et nos familles, nos enfants, sont les plus grandes victimes, je disais à quelqu’un ici à Bruxelles que je n’ai pas souvent l’opportunité de voir mes enfants jouer. C’est pour ça que même quand je les emmène dans un camp comme ça, j’ai hâte de les voir jouer. En NBA, les coachs c’est vraiment une fraternité. Nous nous soutenons, on se fait virer, puis ré-engager. Les coachs de Phoenix de l’an dernier, ils ont emménagé, ils ont fait venir leur famille, un an après on vire tout le monde. Vous ressentez ça les uns pour les autres. Vous vous écrivez, on se soutient. Les Head coachs, je les connais la plupart, il y en de qui je suis plus proche que d’autres. Lorsque les gens voient que vous êtes sérieux, compétents, que vous coachez avec un cœur pur, les relations se font et demeurent au-delà du basket. L’un de mes mentors, Ron Adams, a coaché il y a longtemps à Ostende, et c’est lui qui a aidé Nick Nurse à avoir le job là-bas, le monde est petit.
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