Stephan Swenson : « La sensation qu’on peut faire quelque chose de spécial »

Meneur de jeu de Stetson, le Belge compte bien emmener son équipe au 2e tour
Ce vendredi est un grand jour pour Stephan Swenson et Aubin Gateretse, les deux Belges évoluant à Stetson en NCAA. Ils jouent à la March Madness, une première dans l’histoire de leur université, contre UConn, le champion en titre et équipe numéro 1 du pays. Avant de s’envoler pour New York où aura lieu le match (14h45 heure locale, 19h45 heure belge), Stephan Swenson a pris le temps il y a quelques jours de revenir sur la saison, la qualification à la March Madness et leurs chances pour ce match.
Stephan, comment as-tu vécu cette saison historique avec Stetson ?
C’est une saison « rollercoaster » (NDLR : montagnes russes) comme disent les Américains. Beaucoup de hauts et de bas. On commence la saison par deux grosses défaites contre les universités de Las Vegas (55-71) et d’Houston (48-79). On remonte après en Floride, on a quelques petits tournois qu’on gagne et il y a cette victoire contre Central Florida (85-82) de la Big 12 Conference. Une grosse victoire contre une grosse équipe d’une très bonne conférence. On reprend nos esprits avant de commencer la saison régulière dans notre conférence où on atteint les playoffs, qu’on gagne. On a vu cette confiance, on savait qu’on allait jouer contre les meilleures équipes du pays au début. Et dans notre ligue, il fallait contrôler notre jeu et tout le reste irait bien. Nous avons bien fait ça en saison régulière, on termine 2e à un match de la première place.
Et individuellement, comment évalues-tu ta saison ?
Mon style de jeu, c’est un style qui aide à gagner le match. Chaque rencontre est différente dans ce que je dois faire pour aider l’équipe : parfois c’est marquer, parfois c’est plus passer ou c’est aussi mettre des écrans et prendre des rebonds. Cette année a été superbe, j’ai pu impacter le match de différentes manières. C’est peut-être ma meilleure saison individuelle, et en termes de bilan d’équipe aussi. Mais on veut toujours s’améliorer : mieux shooter, mieux voir ses coéquipiers sur le terrain.
Quelle est la force de cette équipe ?
C’est notre unité, notre manière de jouer ensemble. Le fait de croire en nos capacités, de connaitre les forces des uns et des autres. Et cela facilite mon jeu car en tant que meneur, je le dirige. Chacun croit en soi, et on sait que peu importe le challenge, on sera ensemble.
Comment avez-vous ressenti cette accession à la March Madness ?
C’est l’histoire ! Cela fait 53 ans que Stetson est en division 1 et elle n’a jamais réussi à participer au tournoi national. Et même avant cela, il n’y avait eu qu’un seul tournoi d’après-saison. Vivre ça, comment la communauté de DeLand revit, comment l’histoire a été faite, qu’on est les premiers… Avoir fait ça ma dernière année en tant que senior year, c’est vraiment le rêve américain. C’est dur, il y a beaucoup de choses à apprendre, mais au bout du compte, tu arrives à trouver cette équipe qui croit en soi, en cette mission et qu’on arrive à le faire, ça vaut tout.
Atteindre la March Madness lors de ma dernière année, c’est vraiment le rêve américain !
Stephan Swenson, meneur de jeu de Stetson
L’intégration aux USA a été compliquée ?
Je suis parti aux USA à 16 ans. En Belgique, j’ai joué à l’école P1 Anderlecht, au centre AWBB, à Woluwe. J’ai toujours dit que je voulais partir du pays à cet âge-là, je pensais à la France, l’Espagne mais mon rêve était les Etats-Unis. J’ai eu des contacts là-bas qui m’ont aidé, comme David Putterie (NDLR : l’agent de Toumani Camara) et j’ai pu trouver une bourse d’études. En 2018-2019, je gagne le championnat high school mais pour ma dernière année, c’est celle du Covid. Ça ralentit tout : les entrainements, la salle. Les deux premières années ont été très difficiles, en étant loin de la maison. J’ai été heureusement bien entouré ici et je faisais ce que j’aimais aussi, être au charbon tous les jours. Cela a tout de même ralenti mon intégration à Stetson, et on perdait beaucoup aussi.
Revenons à aujourd’hui, cette qualification, elle se joue aussi en demi-finale où tu mets un shoot à 3pts à la dernière seconde !
Oui oui absolument. Mais je donne du crédit à mes coéquipiers qui n’ont jamais abandonné. On était à -10 à 4 minutes de la fin, on aurait pu baisser les bras. En tant qu’homme et basketteur, on vit pour des moments comme ça : pouvoir aider son équipe à franchir des étapes. Du coup, ce shoot en demi-finale, c’est un shoot qui montrait tout notre travail, tous nos sacrifices. Cela ne pouvait que rentrer pour en faire une belle histoire.
STEPHAN SWENSON SENDS STETSON TO THE ASUN CHAMPIONSHIP GAME 🤯 @StetsonMBB
(via @ASUNSports)pic.twitter.com/neHumovrSJ
— NCAA March Madness (@MarchMadnessMBB) March 8, 2024
Un Belge à la March Madness, c’est déjà rare. Mais avec Aubin Gateretse, c’est même deux Belges dans la même équipe ! (NDLR : Benjamin Bosmans-Verdonck est également qualifié avec South Carolina).
Aubin, c’est vraiment devenu mon frère. On joue ensemble depuis 3 ans et on a tout vécu ensemble : les victoires, les défaites, les hauts, les bas. Avoir été tous les deux pour une bonne part dans ce parcours cette année, c’est incroyable. On vient tous les deux de Belgique, on se comprend, on se connait. Partager ça ensemble, c’est une expérience de vie. Déjà par soi-même, mais alors avec un autre Belge…
Vous tirez le plus gros morceau à la March Madness : UConn, l’équipe championne en titre et numéro 1 du pays.
Absolument, après cette saison spéciale, on ne pouvait que tirer le numéro 1. Je suis tellement heureux qu’on soit arrivé à ce stade et qu’on joue contre les meilleurs. C’est la cerise sur le gâteau. Avec notre équipe, on est tellement confiant de pouvoir surprendre tout le monde. On va tout donner, rien regretter et montrer que Stetson est sur la carte.
Vous affrontez l’une des équipes favorites… et tout le monde exulte lors du tirage au sort. Pourquoi ?
Voir le nom de son école représenté à la March Madness, passer à la télé, juste l’opportunité d’être là, ça exulte toute la communauté. Et à la fin, tout est possible, on l’a déjà vu les années précédentes. On te demande d’être très très bon un match. Les possibilités de gagner et de perdre sont incroyables, dans les deux sens. J’ai la sensation qu’on peut aller là-bas et faire quelque chose de spécial.
On t’a même vu faire un petit pas de danse après l’annonce.
C’est marrant car ils nous le demandent : « dansez parce que c’est super ». Tout le monde se tourne vers moi, apparemment, je suis le meilleur danseur de l’équipe, je ne savais pas. J’ai commencé à danser un peu et ça a montré l’énergie de l’équipe. Ça commence beaucoup de fois par moi, parfois par quelqu’un d’autre. Cela contamine l’équipe et ça a été comme ça toute l’année. A chaque moment un peu bas, quelqu’un a ramené un peu plus d’énergie positive.
𝗟𝗮𝘀𝘁 𝗻𝗶𝗴𝗵𝘁 𝘄𝗮𝘀 𝗮 𝗺𝗼𝘃𝗶𝗲!#GoHatters | #AllHats | @StetsonHatters | @StetsonU pic.twitter.com/jJhrinQSlK
— Stetson MBB🌴 (@StetsonMBB) March 18, 2024
Quelles seront les clés du match ?
C’est une équipe qui ne perd pas de ballons, leur exécution offensive est impeccable. UConn aime pousser la balle, il faudra être solide défensivement et ne pas essayer d’intercepter le ballon. On doit leur imposer des paniers difficiles, les embêter et offrir beaucoup de changements défensifs. Offensivement, on va devoir les faire bouger, aller dans une attaque qui crée quelque chose. Ce sera un match avec beaucoup de changements : jeu rapide, jeu plus lent..
En soi, vous avez tout à gagner et eux tout à perdre non ?
Ils ont plus de pression que nous. Ils sont numéro 1 du pays, ils doivent tout gagner. Nous, on a cette pensée qu’on n’a rien à perdre et tout à gagner mais on va surtout avec la mentalité de tout lâcher et tout donner pour gagner ce match.
Cela permettra peut-être de mieux te faire connaitre en Belgique. C’est un souci pour toi ?
Non pas vraiment. Tout ça prend du temps. Je suis parti il y a 6 ans maintenant. Beaucoup de choses se passent aux Etats-Unis comme en Belgique. Moi je crée mon parcours qui est d’aider Stetson à gagner petit à petit. Les USA, c’est un monde de vainqueurs. On n’a pas beaucoup gagné ces trois dernières années avec Stetson, c’était difficile. On gagne le championnat et tout d’un coup, on t’aperçoit et on commence à te regarder. Cela ne me dérangeait pas, ça me motivait plutôt à jouer encore plus dur, à se montrer encore plus. Je savais qu’un jour ou l’autre, on commencerait à entendre mon nom, celui de Stetson et d’Aubin aussi.
Tu es dans ta dernière année, mais tu peux encore en faire une supplémentaire à cause du Covid. Tu sais déjà ce que tu vas faire après la March Madness ?
C’est encore trop tôt pour moi, je suis uniquement concentré sur le tournoi NCAA. Continuer ou être professionnel, c’est une décision que je prendrai quand ce sera fini.















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